Une initiative scientifique européenne sur dix ans. Allocution présidentielle
by David Tuckett
Deuxième Conférence Annuelle de la F.E.P. de Style Nouveau
Sorrento, Italie 24-27 avril 2003
Allocution présidentielle
Une Initiative Scientifique Européenne sur Dix Ans
1. La deuxième Conférence d'un «style nouveau»
Comme il ne s'agit que de la deuxième Conférence d'un «style nouveau», je veux passer en revue brièvement pourquoi nous nous organisons de cette manière actuellement.
Le «style nouveau» constitue en fait une part essentielle d'une politique dont l'objectif est de nous permettre de faire face aux difficultés que nous, psychanalystes, rencontrons pour arriver à des conclusions sûres, que nous puissions tous partager, quant à la manière de faire ce que nous faisons. Cette politique vise à promouvoir une culture de pairs beaucoup plus rigoureuse, mieux informée et plus engagée qu'elle n'existe actuellement, et qui implique que nous nous résolvions à communiquer de manière active et critique les uns avec les autres et que nous nous engagions à élaborer des arguments transparents et bien étayés, en réponse à des questions ciblées.
A cette fin, nous avons décidé que notre Conférence devrait être annuelle: afin que nous apprenions à faire connaissance et que nous nous habituions à travailler sérieusement les uns avec les autres. Nous avons aussi abandonné l'ancien format où tout le monde restait assis ensemble dans une grande pièce pour discuter un seul thème de conférence. Nous ne partageons pas tous les mêmes centres d'intérêt ni n'avons les mêmes idées concernant la manière de progresser, ce qui signifie que toute conférence qui va engager activement les psychanalystes européens doit leur offrir une variété de domaines dans lesquels travailler et de manières de le faire. Le programme élégant et complexe de cette conférence, avec ses composantes reliées entre elles, permet à tous les participants de choisir les thèmes ou sujets qui les intéressent et auxquels ils veulent se consacrer. Je vais attirer l'attention sur certaines composantes plus loin.
Notre nouveau format fournit un cadre pour la participation dans de petits groupes où les participants peuvent travailler activement et en profondeur, afin d'arriver à une véritable compréhension. Dans la mesure où de nombreuses rencontres psychanalytiques antérieures ont tourné autour de figures charismatiques, elles avaient tendance à ressembler un peu à du show business. Au lieu de cela, nous souhaitons mettre en place une culture engagée et laborieuse constituée de collègues capables de travailler et de communiquer les uns avec les autres, de manière active et critique. Il y a en fait exactement deux cents présentateurs, modérateurs et discutants ce week-end, ainsi que deux équipes de traducteurs talentueux. Nous avons organisé plus de vingt pièces pour toute une variété d'événements et, à un moment ou à un autre, tout le monde peut et devrait être un discutant. De cette manière, nous souhaitons passer d'une atmosphère passive et qui favorise le charisme à la participation active de pairs. C'est aussi la raison qui sous-tend la proposition que nous faisons aux collègues: nous souhaitons qu'ils aient l'occasion de créer leurs propres projets là où ils peuvent obtenir un feedback et une critique constructive: c'est la section que nous avons appelée travail en cours.
2. Une difficulté centrale
Je souhaite maintenant me tourner vers la nécessité où nous sommes de faire face à ce qui est devenu un fait indéniable: dans presque tous les pays européens bien établis (comme dans la plupart des autres endroits dans le monde), il y a moins de patients que nous le souhaiterions, désireux d'entreprendre une psychanalyse complète, et moins de candidats (surtout âgés dans la vingtaine et la trentaine) désireux de se former comme psychanalystes. Si on n'y met pas fin, cette tendance menace l'avenir de la psychanalyse. Si ceux qui ont été formés par les Instituts de psychanalyse ne peuvent pas être assurés d'avoir un véritable travail psychanalytique comme celui qu'ils ont été formés à faire, eux et leurs familles peuvent douter de la sagesse d'entreprendre une formation ou peuvent opter pour un autre choix moins exigeant.
En janvier de cette année, les délégués européens à l'API, agissant sur la base d'un vote unanime par les Présidents de toutes les Sociétés de Psychanalyse européennes, ont soumis une résolution à la Chambre des Délégués de l'API réunie à Miami (constituée de représentants choisis par toutes les Sociétés de Psychanalyse dans le monde), qui a ensuite été adoptée à l'unanimité par les délégués des trois régions. Cette résolution déclarait:
nombreuses menaces pèsent actuellement contre la poursuite de l'existence de la psychanalyse en tant que discipline, science et technique viable et en développement. Cette situation préoccupe gravement la Chambre des Délégués, la chute du nombre de patients et de candidats étant l'une des expressions de la crise en psychanalyse.
1. Favoriser et mettre en oeuvre une solution à cette crise devrait être la première tâche du Bureau exécutif de l'API, du nouveau Conseil administratif et des Comités. Toutes les activités et l'allocation des ressources doivent être considérées en fonction de leur pertinence par rapport à la tentative de résoudre ce problème.
2. Chaque région devrait mettre au point son propre projet pour contrer cette situation et l'API devrait rendre des fonds disponibles pour soutenir ces projets.»
Pour se former comme psychanalyste ou pour faire la demande d'une psychanalyse, il faut prendre en considération ce que nous, comme psychanalystes, avons à offrir. Cela implique une perception des psychanalystes et des institutions psychanalytiques et c'est là, je le suggère, que réside la cause de nos problèmes. Quoique heureusement ce ne soit pas vrai dans tous les milieux culturels, il semble que principalement, nous ne sommes pas perçus du tout, ou, si nous le sommes, nous sommes perçus incorrectement ou négativement. (1) C'est très regrettable, mais en un certain sens, cela ne devrait pas nous surprendre: en fait, nous ne sommes souvent même pas très bien perçus les uns par les autres.
Je prétends que la raison principale de la difficulté que nous avons à être perçus de manière favorable (y compris par nous-mêmes) est que nous ne sommes pas vraiment sûrs de nous lorsqu'il s'agit de juger le mérite de notre travail. Au sein de nos institutions, il existe une suspicion et une incertitude sous-jacentes concernant ce que nous faisons, concernant le mode selon lequel différentes méthodes marchent effectivement ou concernant leur effet. Une telle méfiance concernant les différences possibles - qu'elle conduise à des critères de jugement opaques et à diverses formes de compromis par exemple en fermant les yeux, ou à un conflit scissionniste - a un effet corrosif sur la perception que nous avons de nous-mêmes. C'est catastrophique quand nous nous montrons à des étrangers. Considérez trois effets corrosifs:
Premièrement, nous rendons les tâches consistant à transmettre rigoureusement la psychanalyse et à définir correctement les mécanismes de formation de plus en plus difficiles: comment pouvons-nous évaluer les conséquences des innovations dans la formation si les critères définissant une pratique compétente sont opaques? Tant que nous ne serons pas capables de définir une pratique compétente, nous aboutirons toujours à des processus de groupe qui confondent régulièrement la compétence et la personnalité ou qui «laissent tout passer» (Tuckett, 2003). (2)
ë|梦l6¢i±ÍÉ|ÜDeuxièmement, nous plaçons les psychanalystes dans une situation éthique et professionnelle isolée et très difficile à tenir dans le monde moderne. D'autres professions ont développé des idées concernant ce qu'elles font afin qu'elles puissent rendre compte de leur mode de gouvernement institutionnel et avoir une position à la fois éthique et transparente. Sous cet angle, dans mon rôle de Président, on m'a fait prendre conscience que dans certaines Sociétés européennes, les différences sont telles dans la pratique clinique que ce que certains collègues semblent faire peut leur paraître être aux frontières d'une technique pionnière, alors que pour d'autres, cela peut sembler presque non éthique. (3) Comment, dans ces circonstances, sommes-nous supposés maintenir une certification continue de la compétence professionnelle ou soutenir que nos institutions pratiquent le contrôle de la qualité?
ë|梦l6¢i±ÍÉ|ÜTroisièmement, nous rendons la frontière entre la psychanalyse et d'autres disciplines (en particulier d'autres genres de psychothérapie) très imprécise. A moins de savoir comment nous nous différencions de ces groupes alliés et comment ce que nous faisons est différent de ce qu'ils font, et avec quels effets, nous risquons de tomber dans des relations qui mettent mal à l'aise, sources de rivalité et de division, compliquant grandement nos relations avec les gens avec qui nous avons en fait besoin de coopérer. Alternativement, nous devenons confus avec eux et eux avec nous.
ne nie pas que dans une discipline fondée dans la subjectivité humaine et dans la compréhension des processus inconscients, être clair sur ce que nous faisons et le communiquer avec succès est très difficile. C'est précisément notre problème et c'est pourquoi nous sommes presque submergés par celui-ci. Mais nous n'avons pas d'autre choix que de confronter cette difficulté-là. Pour commencer à l'aborder, nous pouvons trouver plus facile de commencer par accepter qu'au lieu d'une psychanalyse unique, nous vivons en fait au sein d'une réalité riche faite d'un éventail d'approches psychanalytiques ayant des relations mal définies les unes avec les autres.
Mais le fait que nous ne pouvons pas nous mettre d'accord sur une «approche unique» ne devrait en aucun cas impliquer que nous sommes obligés d'éviter une définition rigoureuse et de «laisser tout passer». Plutôt que de rivaliser pour savoir quelle approche est ou n'est pas la plus fidèle à la parole du père, nous avons désespérément besoin de concentrer nos efforts pour définir, esquisser et communiquer, au moyen d'un effort de recherche systématique et rigoureux, les éléments centraux des approches «typiques» (4) quelles qu'elles soient et que nous adoptons en fait.
Les Groupes de Travail mis sur pied en mars 2000 par le Conseil de la FEP sont fondés précisément sur cette idée. Leur but est de comprendre et de rendre transparent ce que nous faisons en réalité: dans le travail clinique, dans la manière dont nous utilisons la théorie dans le travail clinique et dans la formation. L'idée est que si nous pouvons clarifier nos diverses approches et la manière dont elles marchent, nous aurons alors beaucoup moins besoin de la suspicion et du recul défensif que nous éprouvons actuellement. Une telle attitude défensive reflète, à mon avis, un doute concernant toutes nos affirmations et concernant notre spécificité et nos critères élevés. Nous avons créé toutes sortes de procédures bureaucratiques complexes pour soutenir nos prétentions, mais en réalité, nous savons que ces affirmations ne résistent pas à un engagement robuste.
L'effet d'être incertain concernant ce que nous faisons vraiment a contribué à l'isolement de la psychanalyse et des psychanalystes. Nous luttons quand nous devons entrer en relation avec le gouvernement, la bureaucratie, les médias et les universités, par exemple. Je considère que c'est une erreur de ne pas avoir reconnu les difficultés que nous rencontrons les uns avec les autres et d'être retombés au contraire sur le sentiment que c'est le monde extérieur qui résiste à la psychanalyse. Selon moi, du fait que nous n'avons pas trouvé une manière satisfaisante de communiquer les uns avec les autres et de nous évaluer entre nous, il est inévitable que nous ne pouvons pas communiquer en dehors de nos propres frontières institutionnelles.
3. Les Groupes de Travail de la FEP
Nos Groupes de Travail représentent une tentative institutionnelle européenne pour améliorer notre compréhension des uns et des autres par une stratégie de recherche spécifique. Leur tâche était d'essayer de penser à la manière d'avancer dans quatre domaines centraux: l'Intersection de la psychanalyse avec d'autres disciplines, les Questions Cliniques, les Questions Théoriques, et la Formation. Chaque Groupe de Travail a été ouvert à un représentant de chacune des 28 Sociétés en Europe mais en pratique, des groupes engagés, plus petits, composés de cinq à quinze collègues (en fonction du Groupe de Travail) provenant de plusieurs Sociétés, sont devenus le groupe central. Il est attendu qu'ils travaillent ensemble et se rencontrent parfois sur une période de douze mois avant d'apporter leurs résultats à la Conférence annuelle d'un «style nouveau» chaque année. Là, il est attendu qu'ils impliquent d'autres personnes dans ce qu'ils font et qu'ils obtiennent un feedback et des commentaires critiques. Ils continuent ensuite à travailler pendant douze autres mois avant une autre présentation à une conférence, etc. L'idée était que ce processus continu et plus ciblé donnera lieu à une plus grande continuité et à une plus grande profondeur à nos investigations que ce n'était le cas jusqu'à présent, et ainsi à une plus grande accumulation de connaissance et de pensée critique dans chaque domaine.
De mon point de vue, une partie centrale de cette rencontre-ci est de vous donner l'occasion d'entendre des rapports de ces Groupes de Travail, de prendre part à leur travail et de proposer des commentaires critiques. Je résume ci-dessous une partie du travail en cours.
Intersection avec d'autres disciplines. Le Groupe de Travail sur l'Intersection, présidé par Shmuel Erlich, a endossé la tâche d'acquérir une meilleure compréhension des attitudes qu'ont les psychanalystes et leurs institutions envers le fait de s'engager auprès des diverses intersections existantes: que ce soit auprès d'autres institutions sociales, d'autres psychothérapeutes, d'autres disciplines apparentées ou du public informé. Il est devenu de plus en plus évident que nous devons nous occuper de telles relations; mais il se peut que pour les raisons mêmes qui ont nécessité que nous établissions ce Groupe de Travail, à savoir comprendre les doutes qui ont existé à l'égard d'une telle activité, il s'est révélé être celui qui est le plus difficile à faire marcher. La première rencontre et la première série de recherche entreprise a cherché à explorer les origines du doute que de nombreux psychanalystes ont éprouvé concernant le fait de s'engager à travers nos diverses intersections potentielles. (5)
Questions Cliniques. Environ 180 collègues ont déjà commencé à travailler au sein du Groupe de Travail sur les questions cliniques et ont pris part dans cette Conférence à deux projets parallèles dont le but est d'augmenter tant la rigueur que la profondeur de la compréhension que nous pouvons atteindre en partageant notre travail clinique les uns avec les autres. Haydée Faimberg (la présidente de ce Groupe de Travail) et moi-même avons expérimenté avec deux approches.
L'une de ces approches (que nous avons appelée Ligne numéro un) s'est fondée sur le travail fait à Prague l'an dernier et sur des analyses et des rencontres ultérieures. Elle implique examiner des présentations cliniques et chercher à les comparer formellement en termes des types d'interventions que les analystes font et des raisonnements qu'ils paraissent avoir pour les faire. Notre but en fin de compte est d'être capable de caractériser les composantes centrales des manières principales de travailler en Europe et de commencer à voir ce qui leur est spécifique et essentiel. Il n'y a pas de doute que c'est une tâche complexe et très difficile, mais pour les raisons mentionnées ci-dessus, nous devons progresser dans cette direction.
Une deuxième approche (Ligne numéro deux), née aussi de l'expérience de Prague et d'une réflexion qui s'en est suivie, a plutôt pour but d'examiner en détail et à un niveau profond des présentations particulières, afin d'en extraire le mode de fonctionnement du présentateur tel qu'il est compris par lui ou elle et compris par ceux qui écoutent. Cette approche se centrera sur la question de savoir comment rendre claire la théorie à partir de laquelle un auditoire écoute un présentateur (et son effet), et elle essaiera aussi de comprendre quelle théorie le présentateur a à l'esprit quand il écoute son patient et qu'il interprète ou n'interprète pas.
Ces deux approches me semblent avoir un potentiel considérable pour éclairer notre travail clinique et pour nous aider à en parler les uns aux autres. J'espère que certaines des Sociétés seront intéressées de suivre ou de développer des projets conjoints avec ce Groupe de Travail.
Questions Théoriques. Parmi d'autres projets, ce Groupe de Travail a été chargé de la tâche de clarifier les théories utilisées dans le travail clinique (à des niveaux conscients, préconscients et inconscients) et de les explorer de manière à aider à comprendre comment les collègues pensent théoriquement à propos de ce qu'ils font, et avec quelles conséquences. L'espoir dans ce cas est de promouvoir une pensée rigoureuse concernant la pratique clinique et de faciliter la détermination de la manière dont différentes techniques marchent, et de savoir quels sont les éléments centraux (les théories de la cure) sur lesquels elles sont fondées. Dans notre site internet, vous trouverez un compte rendu du progrès à ce jour de ce Groupe de Travail, présidé par Jorge Canestri, ainsi que des précisions sur la grille mise en oeuvre pour analyser les théories utilisées dans une séance (maintenant amplifiée depuis Prague), et qui est appliquée dans la présentation que fait Peter Fonagy pour analyser une séance clinique. Ces textes seront probablement publiés dans le futur, avec d'autres documents des Groupes de Travail.
Formation. Du fait de l'importance que nous et l'administration de l'API présidée par Daniel Widlöcher accordons à un débat mieux informé sur les questions de formation (historiquement, la FEP a connu ses débuts dans des discussions entre les Sociétés sur des questions de formation), ce Groupe de Travail a disposé de plus de ressources que les trois autres. (6) Il a aussi été en mesure de profiter du groupe mis en place depuis longtemps et toujours actif, composé d'analystes didacticiens européens qui se sont rencontrés annuellement pendant de nombreuses années: pendant les deux dernières années à Budapest. Je crois que les résultats sont stimulants.
Mary Target (2001), présidente de ce Groupe de Travail, a commencé par faire circuler une recension de la littérature sur la formation psychanalytique. Elle a pu faire la découverte étonnante qu'il n'y a pas eu de contribution décrivant dans le moindre détail comment nous évaluons la compétence clinique ou ce que cela pourrait vouloir dire, et que de loin la plus grande partie de la littérature sur la formation psychanalytique jusqu'à ce jour s'est centrée sur les limites des analyses didactiques. Elle a aussi montré que, en ce qui concerne la littérature publiée, il y a eu une absence générale de toute approche cohérente et explicite de l'apprentissage et de l'enseignement en psychanalyse, y compris de la moindre tentative de discuter et de partager l'utilisation de ce que nous pourrions déjà savoir, que ce soit à partir de la psychanalyse ou de la formation, concernant ces processus (Target, 2001, 14). Son groupe a maintenant commencé à rechercher et à regrouper les idées à travers les différentes formations européennes d'une manière très impressionnante.
En outre, utilisant les données présentées à la rencontre de Budapest et m'inspirant du travail très dur fourni là-bas par cinquante collègues, j'ai été en mesure de mettre au point une communication où il s'agit d'analyser les problèmes auxquels se confrontent les éducateurs en psychanalyse quand, comme maintenant, les jugements sur les compétences des candidats sont principalement fondés sur des critères globaux implicites. Dans ces circonstances, il devient difficile d'être équitable et d'être vu comme étant équitable, et peut-être encore plus difficile de dire «non» (Tuckett, 2003). Comme conséquence, fondée sur la croyance que les critères existent en fait dans notre «meilleure pratique» en ce moment, mais qu'ils n'ont simplement, jusqu'à présent, pas été rendus explicites (et aidé en particulier par le travail de Jacqueline Godfrind-Haber de Bruxelles), j'ai suggéré un cadre d'indicateurs plus transparents de pratique compétente. J'ai fourni certains exemples et ai demandé à ce que davantage soient proposés. Nous espérons utiliser ce cadre (et le développer) dans les mois à venir et encourager la poursuite de la discussion plus tard cette année dans une rencontre semblable, en décembre, à Berlin. Il est à espérer que nous pourrons finalement permettre aux Instituts d'initier un «cercle vertueux» qui aiderait les candidats et les formateurs à savoir ce qui doit être fait pour que quelqu'un puisse être jugé comme étant prêt à être qualifié comme psychanalyste compétent. Je serais très reconnaissant qu'un ou des analystes formateurs ou d'autres personnes intéressées et qui souhaiteraient s'impliquer dans ce projet entrent en contact avec Mary Target ou moi-même.
4. Problèmes et obstacles
Un travail difficile prend naturellement du temps, demande un engagement et de l'imagination. Je me demande si l'un de nos plus grands problèmes en tant que psychanalystes n'est pas que nous n'avons pas développé un groupe spécialisé de travailleurs équivalent aux investigateurs universitaires qui existent dans des disciplines comme la médecine ou même le droit. De telles personnes s'engagent activement dans la recherche et dans la réflexion sur les types de problèmes rencontrés par les praticiens. Parfois, leur travail échoue. Parfois il est éclairant. Progressivement, la recherche aide les praticiens à développer une expertise et les principes sur laquelle celle-ci se fonde.
A l'opposé, nous sommes principalement des cliniciens plein temps isolés. Nous avons très peu de temps pour nous consacrer à ce que nous devons faire en dehors de nos cabinets de consultation. Ainsi, dans le cas des Groupes de Travail, il a habituellement été impossible de fixer des rencontres sans un préavis de six mois et il est difficile de trouver une date. Il est encore plus problématique de trouver le temps pour s'asseoir et faire le travail à un niveau qui aille tant soit peu au-delà d'un niveau superficiel, avant et après la rencontre.
Il a été difficile, et de trouver les gens adéquats pour ce travail et de les persuader de trouver le temps nécessaire. De plus, en sélectionnant les membres des Groupes de Travail, nous avons dû faire face à une faiblesse qui existe en psychanalyse (sans nul doute enracinée dans notre difficulté générale à juger le mérite): les nominations à des postes internationaux peuvent très facilement être traitées comme des questions politiques plutôt que techniques, avec une pression résultante de suivre un principe de rotation. Cela fait partie de la nouvelle approche adoptée par les Présidents européens et par le Bureau exécutif de la FEP qu'ils n'ont pas suivi cette voie. Au lieu de cela, nous avons simplement essayé de trouver les personnes les plus capables possibles et aussi d'inviter toute personne qui veut travailler à faire des suggestions. De plus, ces collègues invités à prendre part dans les Groupes de Travail ont été héroïques et généreux en trouvant le temps et l'énergie pour s'engager. Dans de nombreux cas, ils ont payé pour leur voyage personnel et pour d'autres dépenses. Ainsi, j'aimerais ici remercier tous ceux qui sont impliqués et en particulier les quatre présidents: Jorge Canestri, Shmuel Erlich, Haydée Faimberg et Mary Target.
Je crois réellement que ces collègues ont commencé à produire des initiatives nouvelles et créatives et des résultats utiles. En même temps, je veux aussi dire clairement que malgré tous leurs efforts et leurs luttes, les Groupes de Travail ont à peine égratigné la surface en ce qui concerne l'abord de notre situation. Inévitablement, il nous a fallu beaucoup de temps et d'énergie pour les mettre sur pied et les faire marcher. Les idées ont dû être élaborées, de nombreuses personnes ont dû être convaincues et de nombreux malentendus langagiers et culturels ont dû être reconnus et résolus. Cela n'allait jamais être facile.
5. L'initiative conjointe projetée
Si nous voulons faire plus que gratter la surface des difficultés que nous rencontrons et si, en tant que discipline, nous allons modifier nos manières de travailler et nous confronter aux problèmes internes et externes qui menacent notre survie, alors je pense que nous devons être plus sérieux concernant le travail qui doit être fait, en faire une priorité acceptée et vraiment le soutenir par un engagement en temps et en ressources, renonçant nécessairement à d'autres choses en conséquence.
Une manière de progresser pourrait être de nous engager à développer l'approche par les Groupes de Travail de manière plus ambitieuse et plus étendue et de trouver des manières pour y impliquer nos Sociétés locales et nous-mêmes plus complètement. A cette fin, le Bureau exécutif de la FEP propose une Initiative scientifique européenne sur dix ans. Comme je vais l'esquisser, cette initiative est projetée comme un effort conjoint avec l'API et avec les Sociétés locales. Elle a pour but d'embrasser tous les psychanalystes en Europe qui souhaitent s'y engager et son objectif est de changer fondamentalement le contexte scientifique institutionnel dans lequel les psychanalystes travaillent. L'intention est que cela renforcera la psychanalyse et permettra à ses praticiens de se sentir plus sûrs d'eux-mêmes.
Il faut reconnaître que toutes les Sociétés en Europe ne sont pas dans la même position et qu'il est très important de comprendre que des Sociétés individuelles peuvent souhaiter s'impliquer dans plus ou moins des activités projetées, chacune à sa manière.
L'initiative que je vais proposer est fondée sur la proposition que j'ai argumentée, selon laquelle il y a en fait beaucoup de bonne pratique chez nous qui devrait nous donner des raisons pour un optimisme tranquille. Mais nous n'avons pas su correctement démontrer et étayer nos raisons d'avoir confiance dans ce que nous faisons, ni à nous-mêmes ni à ceux par lesquels nous avons besoin d'être perçus comme faisant un travail valable. Ceci nous a inhibés de nombreuses manières et nous a parfois amenés à nous cacher derrière certaines postions très étranges: y compris derrière certaines croyances très nihilistes et naïves concernant la recherche et la responsabilité (7).
Le travail nécessaire maintenant, par conséquent, n'est pas d'inventer une nouvelle psychanalyse mais de devenir beaucoup plus clair et plus systématique pour connaître ce que les uns et les autres font déjà et le communiquer entre nous: pour établir nos diverses «meilleures pratiques» entre nous, en quelque sorte, puis pour aider ceux qui sont dans le monde extérieur à les percevoir. Fondés sur cette prétention centrale, je propose qu'au cours des dix prochaines années, nous nous centrions et que nous concentrions nos activités sur l'aspiration à atteindre douze objectifs raisonnablement ambitieux:
1. Décrire formellement les différentes manières qui consistent à travailler psychanalytiquement. Il faut que nous ayons pu mettre au point une liste de modes de «bonne pratique», clairement décrits et identifiables, consistant à travailler psychanalytiquement, écrits noir sur blanc et illustrés par des exemples cliniques avec autant de profondeur que possible, couvrant les principaux types de manières de faire la psychanalyse, d'une façon acceptable en Europe. Sur la base de cette information, il devrait être possible de décider à quel type n'importe quelle description d'une psychanalyse correspond. Il devrait aussi être possible de dire quand un travail ne correspond à aucune de ces catégories (à savoir, quand il devrait être considéré comme une innovation ou pas comme une manière de faire de la psychanalyse, en fonction de l'argument mis en avant, quel qu'il soit).
2. Évaluer l'efficacité du fait de travailler psychanalytiquement. Nous devrions aspirer à atteindre des conclusions au moins préliminaires et transparentes (atteintes selon des manières psychanalytiquement appropriées mais qui restent à déterminer et à argumenter, mais qui nous convainquent) concernant les preuves comparatives de l'effet de chaque type de manière de travailler sur les problèmes présentés par différentes sortes de patients.
3. Créer un programme d'indications et de diagnostics. Nous devrions avoir développé un groupe expert et engagé de cliniciens dans chaque pays, ayant des talents développés (et ayant des publications écrites et de recherche), pour évaluer les patients pour qui l'on peut poser l'indication d'une psychanalyse et déterminer les conditions qui permettent de conseiller un traitement psychanalytique - en rapport avec les patients qui recherchent de l'aide en privé ou à travers des systèmes de santé subventionnés institutionnellement. Ce programme peut s'étendre à des efforts pratiques pour augmenter les indications jusqu'à l'indication d'une psychanalyse complète (voir (xii) plus loin).
4. Créer des moyens transparents pour évaluer les résultats de la formation. Nous devons avoir atteint un ensemble de critères transparents, sur lesquels nous sommes tous d'accord, permettant d'évaluer la compétence nécessaire pour mener chaque type de travail, qui serait convenable pour déterminer quand la formation d'un candidat a atteint son objectif avec succès - à savoir quand chaque analyste en formation validé a atteint une compétence dans au moins un type de travail.
5. Publier des études sur l'efficacité de différents systèmes éducatifs. Nous devrions avoir publié des études précises sur l'effet relatif de différents programmes de formation et de développement professionnel continu pour atteindre différents résultats de travail compétent: supervision d'examen, contenu du curriculum, exigences de formation, analyse didactique, etc.
6. Créer un corps bien établi d'expertise dans un programme de relations extérieures. Nous aurions dû avoir établi et décrit par écrit tout un ensemble de programmes couvrant l'enseignement public, la liaison avec d'autres professionnels (y compris les psychothérapeutes, les conseillers, les psychologues, les travailleurs sociaux, les médecins et les psychiatres) et le travail avec des services adressant des patients, et nous aurions dû avoir fait un certain effort pour surveiller, suivre et rapporter leur efficacité.
7. Établir une tradition culturelle de recension par les pairs à la Conférence de la FEP. Nous aurions dû atteindre une culture de pairs notablement différente, qui met en avant des idées et obtient un feedback rigoureux aux rencontres psychanalytiques européennes: afin que, par exemple, présenter des communications à la section du Travail en cours et assister aux conférences de la FEP pour présenter des commentaires à ces présentations devienne une réussite compétitive de haut statut, appréciée parmi nous, les communications étant régulièrement acceptées pour une publication dans des revues avec comité de lecture composé de pairs, après révision.
8. Créer des groupes de pairs qui communiquent sur une base continuelle. Nous aurions dû établir des groupes de collègues ayant le temps et l'inclination à être plus que simplement des cliniciens et nous devrions les soutenir et les apprécier. Nous aurions eu besoin d'établir des groupes centraux d'environ 100 personnes travaillant dans la recherche, de 100 personnes engagées dans le travail de relations extérieures, de 100 chercheurs cliniciens engagés, et de 100 analystes formateurs engagés, tous apprenant à se connaître, à faire confiance et à se respecter les uns les autres: se rencontrant régulièrement; échangeant des idées et étant conscients du travail des uns et des autres sur les sujets sus-mentionnés, fondé sur une revue critique par les pairs.
9. Créer des liens universitaires. Nous devrions savoir exactement comment et où la psychanalyse est enseignée dans les universités en Europe et avoir établi un programme de bourses pour créer les conditions permettant qu'un nombre significatif de psychanalystes plein temps s'engagent dans un travail de recherche ancré à l'université et afin qu'un nombre significatif de personnes faisant de la recherche universitaire soient impliquées dans des projets conjoints avec des psychanalystes.
10. Établir la publication avec comité de lecture composé de pairs comme une norme. Nous aurions dû arriver à la publication d'au moins 100 articles fondés sur ce programme de travail dans des revues avec comité de lecture.
11. Créer une certaine formation psychanalytique basée à l'université. D'ici Dix Ans, les Instituts dans tous les pays où c'est considéré comme souhaitable (et j'accepte que dans certains pays ce ne le sera pas) devraient valider quelques candidats en psychanalyse sélectionnés et formés à un niveau de compétence satisfaisant dans un contexte de diplôme universitaire public.
12. Créer les moyens pour améliorer les indications d'une psychanalyse complète et surveiller et suivre régulièrement la demande pour pratiquer et se former. Il faudrait concevoir et mettre en place des méthodes, fondées sur les réalisations ci-dessus, pour créer des voies permettant d'améliorer les indications d'une psychanalyse complète et de les partager entre praticiens (par exemple, des consultations utilisant les talents développés en (iii) ci-dessus). En conséquence, nous devrions nous attendre à une amélioration dans toute l'Europe des perspectives de travail pour des analystes formés compétents et à une augmentation de la demande pour une formation psychanalytique de la part de postulants correctement qualifiés, appropriés et jeunes: mais ceci doit être soigneusement contrôlé et toute difficulté doit être prise en considération.
Comment atteindre ces aspirations? La première chose à propos de laquelle nous devons être clairs est que de telles aspirations ne peuvent pas être atteintes par une organisation internationale: les choses doivent se passer localement dans chacune des Sociétés où il existe un désir de les atteindre, ou elles ne seront pas atteintes du tout. Le rôle de la FEP, par conséquent, sera son rôle historique, celui d'encourager et de faciliter le dialogue entre collègues: créer une voie pour apprendre les uns des autres. En cela, elle travaillera, je l'espère, en partenariat avec l'API.
Au sein de cette réalité, le Conseil de la FEP va dresser des plans pour renforcer les quatre Groupes de Travail existants et y adjoindre au moins deux de plus. Nous devons établir un nouveau Groupe de Travail dont le rôle sera d'aborder le programme nécessaire sur les indications et le diagnostic que j'ai mentionné, et un deuxième Groupe de Travail (peut-être fondé sur la Plate-forme des Relations extérieures existante) doit être mis en place pour aider à subventionner et à développer les objectifs concernant les relations extérieures, la liaison et les bourses universitaires cités ci-dessus, travaillant de près avec le Groupe de Travail sur l'Intersection existant, qui étudie l'origine de nos doutes concernant de tels efforts.
En outre, chaque Groupe de Travail doit être élargi - quelque peu sur le modèle du Groupe de Travail sur la Formation - afin que, autant qu'un petit groupe central, nous puissions créer aussi une voie plus large permettant de travailler avec des collègues de toutes les Sociétés et avec des groupes au sein de ces Sociétés. L'idée serait peut-être de construire sur la base de la situation existante, afin qu'un groupe central d'un Groupe de Travail constitué de 10-20 personnes (un Groupe de Travail, en fait) interagisse sur une base régulière et engagée avec un groupe plus grand de 50-60 personnes (un forum s'étendant sur toute l'Europe).
Tout cela nous amène nécessairement au problème de l'argent. Pendant les trois dernières années, la FEP a été capable de détourner quelques ressources de notre budget très limité et l'API a aussi été en mesure de nous assister, un peu. Mais au sein de la situation présente, nous n'avons pas eu les ressources financières dont nous avons eu vraiment besoin pour planifier correctement, en toute sécurité et équitablement, et nous n'avons pas été capables d'être suffisamment ambitieux (8). Comme leurs membres l'admettront facilement, nos Groupes de Travail sont inévitablement quelque peu amateurs pour s'affronter aux tâches intimidantes qui nous attendent.
Pour atteindre ces nouveaux objectifs, ces groupes ont maintenant besoin de pouvoir opérer dans un cadre temporel plus long, de s'exposer à une certaine dépense et d'en amener davantage parmi vous à travailler avec eux (là où vous avez des idées et où vous êtes prêts à vous engager pour les mener à bien). En outre, ceux qui accomplissent un travail en quantité significative ne devraient pas avoir à payer en plus pour leurs propres frais de voyage et d'hébergement quand ils doivent se rencontrer. A l'occasion et à l'intérieur de projets correctement formulés, ils devraient aussi être en mesure d'utiliser une aide professionnelle ou de secrétariat, ou d'obtenir de l'aide pour les interviews et l'analyse de la recherche (9).
6. Le financement: un partenariat avec l'API
Bien qu'une grande partie du travail nécessaire doive provenir d'un engagement individuel volontaire, ces efforts requièrent un engagement supplémentaire et nécessitent une augmentation importante en matière de financement.
Heureusement, grâce au succès de nos trois dernières Conférences à Berlin, Madrid et Prague, et grâce au travail judicieux de notre merveilleux trésorier, Henk-Jan Dalewijk, la FEP a réussi (sans augmenter les cotisations) à économiser ses ressources relativement maigres, afin de constituer un fonds de réserve substantiel. Pour permettre le lancement de cette Initiative sur Dix Ans, le Bureau exécutif va proposer au Conseil de transférer 100.000 euros cette année sur un fonds spécial. Nous pensons que nous serons aussi capables d'allouer sur une base annuelle peut-être 40.000 euros à partir du budget régulier. Cela aboutit à environ 10 euros (15% de ce que nous payons) pour chacun de nous (10). De telles sommes régulières soutiendraient le niveau actuel d'activité dans les Groupes de Travail, mais elles ne nous permettraient pas d'augmenter le travail au degré auquel nous devons le faire si nous voulons avoir fait un véritable progrès pour répondre à la crise qui est sur nous.
L'Initiative Européenne sur Dix Ans est notre projet européen spécifique en réponse à la résolution de la Chambre des Délégués de l'API selon laquelle «Chaque région devrait mettre au point son propre projet pour contrer la situation et l'API devrait rendre des fonds disponibles pour soutenir ces projets.» Pour cette raison et à cause de notre conviction, selon laquelle nous devons faire de ces efforts une priorité, la FEP espère entrer dans un partenariat avec l'API, fondé sur l'initiative stratégique de l'API qui formera la pièce centrale des projets imaginatifs et venus en temps voulu que son Président, Daniel Widlöcher, va présenter à Toronto cet été. Comme vous le savez, l'API est pour les psychanalystes européens la deuxième de nos organisations internationales, mais de loin la plus forte en ressources. Quand 42% des membres de l'API travaillent en Europe et sachant que l'API a fait beaucoup d'efforts pour se réformer et réformer ses procédures afin de lui permettre de travailler en plus grande proximité avec les régions et les Sociétés, ainsi que de contrôler et de poser des priorités dans ses dépenses, cela n'a pas de sens de se chevaucher d'une manière compétitive, et nous n'allons pas le faire. Nous allons discuter ce week-end les détails de la manière dont on peut articuler notre initiative scientifique avec l'Initiative Stratégique que notre Président de l'API, Daniel Widlöcher, est en train d'élaborer. Nous payons tous environ 250 euros chacun à l'API chaque année et sa proposition est que, comme moyen efficace pour affronter la crise concernant les patients et les candidats, l'API réorganise son budget afin qu'elle définisse des priorités pour rendre possible l'allocation de 10-15% des revenus liés aux cotisations dans chaque région chaque année, au projet de cette région pour contrer la crise actuelle. Cette idée offrira de nombreuses opportunités, et l'API sera capable de faciliter ce projet sur le plan administratif (évitant toute bureaucratie coûteuse supplémentaire) et jouera le rôle vital consistant à nous aider à organiser une évaluation et un monitorage externe efficace de ce que nous faisons. En d'autres termes, elle peut nous aider à mettre en pratique nos principes et à en être responsables dans un système de revue par les pairs. Avec ce nouveau partenariat, il sera possible pour la FEP de mettre en place les Groupes de Travail supplémentaires que j'ai mentionnés et d'encourager chaque Groupe de Travail à développer des liens avec les Sociétés qui désirent le faire. Il sera possible pour chaque Groupe de Travail de créer un groupe plus grand (de style forum) de collègues intéressés selon les lignes du Forum sur la formation qui se réunit à Budapest avec le Groupe de Travail sur la Formation. De cette manière, nous devrions être capables de créer six groupes centraux de 50-60 personnes travaillant pour atteindre les 12 objectifs que j'ai esquissés. Je veux qu'il soit clair que c'est une partie absolument vitale de cette initiative proposée que nous recevions des idées et des propositions pour répondre à ces objectifs de la part des analystes européens: de vous tous. En fonction de leur nature, de telles idées peuvent conduire à l'établissement de nouveaux Groupes de Travail ou au soutien de projets supplémentaires. Je suis certain que nous rencontrerons de nombreuses difficultés dans ce travail, mais je crois que nous devons le faire réussir.
Notes
1. Quand, l'an dernier, l'Association Psychanalytique Américaine a mené une étude de marché pour découvrir quelle était sa situation en organisant un rassemblement de groupes ciblés pour les filmer pendant qu'ils discutaient de la manière dont les psychanalystes étaient considérés dans la principales villes d'Amérique du Nord, la vision de ce film n'a pas été confortable. Les gens dans ces communautés dont la tâche aurait été d'adresser des patients aux psychanalystes pour obtenir une aide exprimaient, quand ils étaient filmés, des opinions très mauvaises sur le traitement psychanalytique et souvent des opinions globalement négatives sur les psychanalystes. Il n'était pas difficile de voir dans leur description négative de leurs interactions avec des psychanalystes un degré choquant de vérité, quel que soit le degré auquel il était peut-être fondé sur des incompréhensions non intentionnelles ou sur des erreurs de conception. L'an prochain à Helsinki, nous avons demandé à Newell Fischer (Président de l'APsaA) de présenter la conférence plénière spéciale et de nous montrer certains des extraits du film et de nous parler aussi de certains des efforts réussis que lui et ses collègues ont entrepris pour tâcher de résoudre cette difficulté.
2. Comme exemple, l'Américain Renik (2003) a porté avec force à notre attention un exemple du problème auquel nous nous confrontons dans l'éducation et le domaine de la formation. Il décrit ce qu'il appelle «un problème monumental». «Ce que certains d'entre nous considérerons comme une innovation technique, créative et utile, de la part d'un analyste, dit-il, d'autres la verront comme une forme d'auto-complaisance irresponsable de la part de ce mêmeanalyste; ce que certains d'entre nous considèreront comme un comportement de prudence et de retenue recommandables de la part d'un analyste, d'autres le verront comme une attitude d'inhibition auto-protectrice de la part de cet analyste; ce qui impressionne certains d'entre nous comme une interprétation sensible de l'expérience ici et maintenant du patient, d'autres le verront comme un évitement de la relation transférentielle et comme une entrave au déroulement et à l'émergence des conflits inconscients du patient; ce que certains considèreront comme une reconstruction venue en son temps, d'autres le percevront comme une invitation à intellectualiser et à ruminer à propos du passé, etc.» Sur cette base, il croit que nous n'avons aucun espoir de formuler un ensemble de critères communs sur lesquels nous serions d'accord et il suggère qu'«une grande partie de la formulation et du maintien de critères psychanalytiques est intrinsèquement un processus politique», et il poursuit en proposant que l'Association Américaine renonce aux «fonctions de garde-barrière dont les organisations psychanalytiques ont eu tendance à se charger» (admission des candidats pour la formation, contrôle de la progression des candidats, certification des psychanalystes, sélection des analystes formateurs). Les mêmes difficultés se sont présentées aux autorités de l'API ou de différentes Sociétés, quand elles ont été confrontées à une demande de réduire les exigences pour la formation à trois voire à moins de séances par semaine. De telles observations m'ont conduit à la croyance selon laquelle, bien que les institutions psychanalytiques aient été habituées à organiser des programmes de formation longs et onéreux, précédés par une sélection étendue des candidats et des formateurs et des procédures de validation, il n'est pas facile dans le climat actuel de pluralisme de rejeter l'argument selon lequel les critères d'évaluation actuels ont un fondement réduit en matière de transparence, d'équité et d'utilité.
3. La solution traditionnelle dans nos institutions dans ces circonstances est de cliver: en d'autres termes d'arrêter le dialogue.
4. Le terme «typique» est utilisé ici avec les connotations introduites par Max Weber et sont fondées sur le principe qu'«un modèle scientifique de l'action humaine doit être construit de telle manière qu'un acte humain accompli au sein du monde réel par un acteur individuel, comme indiqué par la construction typique, serait compréhensible par l'acteur lui-même ainsi que par ses contemporains en termes d'une interprétation de bon sens de la vie quotidienne» (Schutz, 1973, p. 64). (Traduit par moi. [N.d.T.])
5. Je veux exprimer ma reconnaissance pour le fait que ce Groupe de Travail est en partie financé en 2002 et en 2003 par une subvention de l'API.
6. Je veux exprimer ma reconnaissance pour le fait que ce Groupe de Travail est aussi en partie financé en 2002 et 2003 par une subvention de l'API.
7. Mentionner le mot «recherche» illustre l'une de nos difficultés. A une époque où la plupart des autres disciplines ont fait progresser leur compréhension de ce qu'ils font en développant des investigations de recherche systématiques et en en débattant entre pairs dans un contexte de type universitaire, le mot même de «recherche» a eu tendance à susciter l'alarme parmi les psychanalystes. L'une des tâches consiste à mieux comprendre cette réaction; mais en partie, je crois qu'elle est la conséquence d'une absence de concentration sur la recherche dans la formation psychanalytique et des attentes que de nombreux psychanalystes ont fondées sur la formation de base qu'ils ont reçue avant de se former comme psychanalystes. Parfois, il semble que nous nous soyons rendus confus par des approches dépassées et simplistes de l'épistémologie: comme indiqué par des arguments pour une recherche qualitative ou conceptuelle par opposition à une recherche quantitative ou empirique, et aussi à cause de confusions sur les méthodologies disponibles pour explorer la subjectivité humaine d'une manière qui puisse être objectivée. Ce que je veux dire par recherche est n'importe quel ensemble d'activités ayant pour but d'essayer d'étudier une question d'une manière telle que les conclusions sont étayées de manière transparente par des arguments et, là où c'est pertinent pour ces arguments, par des observations. Il va en fait sans dire que les résultats de l'investigation ne peuvent être ni vrais ni faux. Ils ne peuvent qu'être jugés en fonction de la force des arguments mis en avant pour défendre une position, qui sera alors évaluée dans un débat de pairs. La recherche, par conséquent, fait partie d'un processus qui consiste à fabriquer des arguments et à essayer de les étayer: ni plus ni moins.
8. L'argent peut disparaître très vite quand on organise des rencontres internationales et payer 28 personnes (une de chaque Société) pour qu'elles se rencontrent dans une seule ville européenne coûte très cher. Il a donc été impressionnant de voir comment tout le monde a compris cela et nous a aidé à mettre au point une règle selon laquelle seuls ceux engagés dans un travail préparatoire ou de suivi considérable puissent avoir leurs frais de voyage remboursés pour des rencontres spéciales et que ceux qui contribuent à cette conférence payent leur propre voyage.
9. Chaque Groupe de Travail devra fournir des comptes rendus réguliers et des explications sur son travail et quelle que soit la tension suscitée, il faudra instaurer une évaluation régulière de son progrès et de son efficacité par une «revue par les pairs».
10. Chaque membre des Sociétés affiliées à la FEP contribue actuellement 70 euros au budget de la FEP. De cela, environ 20 euros sont dépensés pour le Bulletin et le site web; 20 autres euros pour les frais de voyage et d'hébergement nécessaires pour avoir deux rencontres du Conseil des 28 Présidents européens; 12 euros pour l'Europe de l'Est; 10 euros pour le soutien de secrétariat et comptable; et seulement 4 euros pour nos Groupes de Travail. Les Conférences sont supposées se rembourser elles-mêmes. Cela signifie qu'ordinairement environ 16.000 euros peuvent être alloués aux Groupes de Travail ou à la nouvelle initiative. Si nous avons de la chance, nos Conférences continueront à attirer beaucoup de monde et nous n'avons pas besoin de nos réserves pour d'autres buts, nous devrions donc être capables d'allouer environ 30.000 autres euros chaque année à partir de ces sources.
(Traduit de l'anglais par Marianne Robert, Paris)


